Un Hiver en Ecosse

J’ai longtemps rêvé de l’Ecosse. Arpenter ses plaines dénuées de végétation, enlacées par des monts venteux, dont le passé a laissé comme seules traces des ruines d’anciens châteaux. Voilà ce qui m’amène à réserver un billet d’avion pour ces terres.
Ce road trip se déroulera en plein mois de janvier. Je m’apprête donc à affronter le froid mordant de l’Ecosse, celui qui vous traverse de toutes parts, rondement mené par le vent qui semble terrasser l’ensemble du pays, quelle que soit la saison. Mais en hiver, ça risque d’être assurément plus rude.

J’ai prévu de partir 7 jours. Le 1er week-end, j’ai l’intention de rejoindre un couple d’amis, Florian et Gwendoline, qui se sont installés à Glasgow depuis quelques semaines. Ensemble, on devrait passer la journée du samedi et du dimanche à explorer les environs. Le lundi, je récupère une voiture de location pour me rendre à l’île de Skye seul. Avec moi, j’emporte un sac de randonnée comportant tous mes vêtements et un sac photo. Voici la liste :

Dans le sac de randonnée : 

  • Des vêtements de ville et de randonnée chauds ;
  • 1 écharpe ;
  • 1 bonnet ;
  • Des chaussures de randonnée d’hiver et des baskets ;
  • Des guêtres pour éviter que la neige se glisse dans mes chaussures ;
  • 1 pantalon de pluie ;
  • 1 veste d’hiver quasi-imperméable ;
  • Des gants ;
  • 1 trousse de toilette et 1 serviette ;
  • 1 lampe frontale.

Dans le sac photo : 

  • Sony Alpha 7 II ;
  • Objectif 16-35mm Zeiss ;
  • Objectif 55mm Zeiss ;
  • 2 chargeurs ;
  • 2 cartes SD ;
  • 2 filtres UV ;
  • Le roman « La fille du train » et le livre « Le pouvoir du moment présent » ;
  • Chargeur téléphone.

Je suis prêt pour l’embarquement !

carte de l'écosse

 

GLENCOE

À l’aéroport, je regarde l’heure sur mon téléphone, il est 16h et la nuit est déjà tombée sur Édimbourg. Je récupère en vitesse mon sac avant de me présenter au guichet pour acheter 1 ticket de bus direction Glasgow qui s’en va d’une minute à l’autre. Je cours alors jusqu’à la station et me plonge à l’intérieur du véhicule in extremis. Le trajet sera court, 45min seulement me sépare de Glasgow. Je rejoins donc rapidement Florian venu me récupérer en voiture à l’arrivée. Devenu commercial pour une entreprise de papier peint, lui et sa copine, Gwendoline, ont décidé de quitter la France pour s’installer ici. Après un tour du monde de plusieurs mois, c’est l’envie de repartir qui les a gagnée et c’est une décision que je ne peux que comprendre.
Je passe la soirée avec Flo pendant que Gwen termine son service du soir dans un restaurant du centre-ville. Cela faisait des mois que l’on ne s’était pas revu, on a beaucoup de choses à se dire et les expériences de vies passées chacun de notre côté nous mènent vers de longues discussions. Les heures défilent et il est temps de préparer l’exploration du lendemain. C’est après quelques réflexions que l’on décide de rejoindre Glencoe, une région située au nord de Glasgow à environ 2h10 de route.

Le vent s’abat sur le pare-brise laissant des flocons mourir sur celui-ci, seul intermédiaire entre nous et le froid glacial qui règne dehors. L’Ecosse au mois de janvier c’est des conditions difficiles qui ne laissent aucune chance à votre corps de rester sec. Avant de gravir Pap of Glencoe, un mont dominant le village, on couvre chaque parcelle de notre peau. Équipés de la tête au pied, on essaye de limiter au maximum le risque de laisser le vent, la pluie et la neige nous atteindre.
Enfin prêts, on s’élance enfin sur le chemin abrupt qui s’offre à nous et évidemment, dès la première heure, on se plante. Têtus, on continue tout de même sur notre lancée en pensant que, de toute façon, « il faut aller tout droit pour atteindre le sommet ». Au fur et à mesure que l’on progresse, le chemin devient invisible et l’effort à fournir est multiplié par 2 par rapport à un chemin balisé. On ne faiblit pas et on peut déjà admirer le caractère brute et poétique du paysage. Le panorama s’élargit derrière nous au rythme de nos pas, des montagnes cachées se révèlent, la route se fond dans la vallée et la neige s’impose brutalement. Sur les cents derniers mètres, la piste est quasi-verticale et les averses de neige se transforment en blizzard. On est enveloppés dans nos vêtements imperméables et seul mon visage subit l’attaque du froid. Un exploit. Au sommet, la faim nous guette, on s’abrite alors entre 2 rochers pour déjeuner. Le plus difficile, c’est d’enlever les gants pour tenir une fourchette. 2 secondes suffisent pour que vos mains soient rongées par le froid. On y arrive tant bien que mal mais la position statique dans laquelle on se trouve nous affaiblit. On écourte le déjeuner puis on passe de longues minutes à s’extasier de la vue avant de rebrousser le chemin et retrouver la voiture.

pap of glencoe

pap of glencoe

pap of glencoe

Glencoe

Le soir, on se livre chacun à une douche salvatrice. Vous savez, celle dont l’eau bouillante fume sur votre corps, celle où vous vous êtes précipité dedans après avoir jeté tous vos vêtements humides sur le sol de la salle de bain.
Une fois ce moment de bonheur intense terminé, on enfile des vêtements propres puis on se rend à un club de blues dans le centre de Glasgow pour y déguster une bonne pinte et un bon repas chaud mérités.

Le dimanche, Gwendoline nous rejoint pour une nouvelle expédition. On se rend de nouveau à Glencoe pour la journée. Le vent et le froid se révèlent plus violents que la veille. C’est un climat d’étrangeté qui règne encore ici. Une seule route transperce le coeur de Glencoe, composé de plaines humides désormais figées par la glace et entourées de monstres rocheux qui semblent veiller sur ce havre de mystère.
À Lost Valley, une pluie torrentielle s’abat sur nous ce qui nous contraint à faire demi tour. Les vêtements étanches n’y résisteront pas tant le ciel déverse avec abondance sa colère. Qu’importe, on rejoint vite la voiture avant de reproduire à l’identique la soirée d’hier : une douche salvatrice, une pinte au pub et un bon repas chaud.

van glencoe

glencoe

maison Glencoe

Glencoe

VERS LE NORD

Il est temps pour moi de prendre mon sac et de voyager seul. Lundi matin, je remercie Flo et Gwen pour l’hospitalité et je m’en vais récupérer la voiture de location pour prendre la direction de l’île de Skye, la fameuse. Je roule une bonne partie de la journée et je traverse de nouveau Glencoe. Je décide d’emprunter une route étroite qui semble se jeter dans la vallée et je suis seul. Complètement seul. À l’écart de l’agitation des villes et de la moindre parcelle de route fréquentée, le chemin coupe timidement à travers les montages qui se veulent intimidantes. J’essaye de me focaliser sur la route et pas sur le paysage. Je roule au pas, lorsque, face à moi, des cerfs se dressent. Je stop la voiture et je reste planté là, à observer. La tableau est parfait : à travers le pare-brise je regarde ces rois de la forêt vivre au rythme d’une nature parfumée d’un lyrisme incontestable. Je suis subjugué par tant de poésie, et à peine ai-je le temps de reprendre mes esprits, que le plus grand d’entre eux, dont les bois se lèvent sur sa tête avec une prestance inconcevable, s’approche de ma voiture. Je baisse ma vitre, l’animal me fixe depuis le côté passager, et semble être tout aussi surpris de m’avoir rencontré. Aucune crainte ne se dégage de lui, il doit certainement être habitué à l’homme mais quand même. Je reste une bonne demie heure en leur compagnie avant de contempler leur traversée de la lisière vers une forêt absorbée par l’obscurité.

cerf en Écosse

Bientôt 16h, je continue sur cette même route. Les silhouettes massives de Glencoe me dominent. Un voile de neige s’est déposé sur les crêtes qui créer un doux contraste entre la basse et la haute altitude. Je file sur l’asphalte en direction du Loch Etive. Toujours aucune trace de présence humaine. Au bout du chemin, un parking fait face au loch situé sur la côte ouest de l’Ecosse. Le vent balaye les environs et écarte toutes possibilités de grandir pour la végétation.

 Il est impossible pour quiconque d’imaginer l’atmosphère ténébreuse d’un hiver en Écosse sans l’avoir vécu.

loch etive Ecosse

loch etive Ecosse

La nuit est désormais tombée. Je mange un bout dans la voiture en écoutant la radio locale avant de rouler jusqu’au sud de l’île de Skye. Là-bas, une cabane m’attend.

La suite, je vous la raconte dans la prochain article ! 

7 Comments

  • Amélie

    Hâte de lire la suite de ton périple! J’adore ce genre de récit de voyage avec de magnifiques photos! Encore une fois, bravo Monsieur Aventure :-)
    Et merci de nous faire découvrir l’Ecosse en hiver que je ne connaissais pas :)
    Belle semaine à toi!

    • hugolebeller

      Hello Amélie et merci pour ton message ! Effectivement, je recommande vraiment l’Écosse en hiver même s’il faut vraiment s’équiper pour en profiter ;-) A bientôt.

  • Cet article est magnifiquement écrit, il me rappelle le ton de certains polars qui se déroulent dans ces pays du Nord, entre des paysages froids et des ambiances mystérieuses.
    Les teintes bleues de tes images révèlent bien l’atmosphère qu’on imagine en hiver là bas.
    Très beau récit :)

    • hugolebeller

      Ha merci, c’est très flatteur, j’apprécie beaucoup ! J’ai essayé de retranscrire en effet le côté froid et ténébreux de l’hiver en Ecosse :)

  • Mon Totem

    Bonjour M. Aventure ;) Les photos sont à couper le souffle et traduisent l’immensité des paysages. J’ai adoré le récit très bien écrit, on a l’impression d’y être et de vivre le moment! J’ai vécu un an en Ecosse et cet article me donne très envie d’y retourner! Merci pour cet article.

  • marie

    A quand la suite du voyage ? :)

  • Helena

    Wow merci de mettre des mots sur ces sensations déjà vécues.
    Je compte y retournée un mois avec une amie, je trouve cet endroit incroyable. Ça fait du bien de voir une nature en pleine santé dans un décors si hostile.
    À quand la suite ?

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