Voyage en Slovaquie : de Bratislava aux Hautes Tatras

Il a suffit d’une poignée de minutes pour se décider. 
Les yeux rivés sur nos Mac, cloués au fond du lit, on braque le viseur vers un objectif : trouver la prochaine destination de nos vacances en mars.
Google map est ouvert dans un onglet, le site d’Air France dans un autre. Quelques minutes s’écoulent. Le curseur trace alors vers les pays d’Europe de l’est qui semblent correspondre à nos envies. Coincée entre l’Autriche, la République Tchèque, la Pologne, la Hongrie et l’Ukraine, un pays sort du lot : la Slovaquie. 
On check les prix.
130 euros aller retour.
OK, c’est parti. Le carnet de voyage est ouvert. 

Voyage en Slovaquie

De Vienne à Bratislava

Vol au départ de Paris, on atterrit à Vienne en Autriche. Située à seulement 45min de Bratislava, la capitale autrichienne est la meilleure, voir la seule solution possible pour se rendre en Slovaquie depuis la France. La capitale slovaque est en effet très peu desservie. On attrape un bus quelques minutes après l’atterrissage qui nous conduira au point de départ du road trip.
Cette période de l’année annonce la fin de l’hiver. La neige fait ses adieux pour laisser la terre boire le moindre rayon de soleil né du printemps. Les paysages semblent tristes en l’absence du manteau blanc et de la végétation à venir. On a bien conscience que la fin du mois de mars n’est pas des plus idéales pour apprécier au mieux la nature, mais qu’importe, le goût du voyage est bel et bien là et notre appétit pour les explorations à venir est plus fort que jamais.

Bratislava se dévoile brutalement. La campagne s’enfuit pour laisser le périphérique s’approprier du paysage. Loin d’être étendue, la capitale s’apparente à une petite entité accueillante qui n’ose pas s’imposer dans ce pays composé à 80% de forêts. Et c’est tant mieux.
On investit le côté historique de Bratislava, composé de ruelles pavées et de maisons colorées typiques de l’Europe de l’est. L’humeur ambiante est à la tranquillité, la foule ne gêne pas l’excursion tant la douceur de vivre se déverse dans les rues. On flâne à la terrasse d’un bar pour s’en imprégner et faire connaissance avec un français qui s’est installé ici. Il ne fait que confirmer notre ressenti, malgré des propos sur les étrangers/immigrés que l’on ne tolère absolument pas avec Estelle. Le plus étrange, c’est qu’il nous a donné son avis sur le sujet avec une détachement total envers les principes fondamentaux de la vie en société et du respect d’autrui. Comme si finalement, c’était normal de dire ça. On passera.

Bratislava

Il est temps de quitter la ville et voguer enfin à nos propres envies en louant une voiture.
Direction l’aéroport.
Je tiens à signaler une chose. Avec Estelle, on ne supporte plus d’être des attrapes touristes ambulants et de se faire vider les poches. Nombre de fois où l’on s’est fait piéger en jurant après coup que plus jamais ça nous arrivera. C’était sans compter sur le taxi emprunté pour rejoindre notre destination qui va se tromper volontairement de route, s’arrêter, et même demander son chemin. On en sort finalement avec 37 euros pour un trajet ridiculement court. Disons que… ce sera vraiment la dernière fois ;-)

Mains sur le volant, la pédale écrasée, on dévale l’asphalte pour traverser le pays et se rendre vers la chaîne montagneuse slovaque : les Hautes Tatras.

Départ pour les hautes tatras

La première nuit se passera à Zvolen. Quelques ombres fuyantes s’y trouvent, mais globalement les rues sont désertes. On est pourtant samedi soir. On part alors dîner dans un restaurant chic proposant des prix dérisoires.
Il est aussi compliqué de trouver un hébergement ce soir là. Le nombre d’établissements est limité et il semblerait que tout soit fermé. On réalise doucement que la nuit pourrait bien se passer dans la voiture. Les températures avoisinent les 1 ou 2 degrés et pas une couverture peut nous aider à affronter l’épreuve. Par chance, un bar du quartier trouvé au hasard propose quelques chambres. Ouf !
Le lendemain, on rejoint très vite la route en direction de notre objectif. On traverse Banska Bystrica, située au pied des Basses Tatras. Un joli centre historique expose une architecture typique de l’Europe de l’est. Le soleil est au beau fixe, mais très rapidement, on décampe pour reprendre la route et rejoindre les Hautes Tatras. Découvrir une ville est toujours un moment de contemplation unique, mais notre irrésistible envie de montagne prend le dessus.

Doucement, la platitude de l’autoroute se transfigure pour devenir un serpent à la peau goudronnée, grimpant avec élégance les premiers monts. La forêt remplace les champs et l’horizon dévoile les colosses. Une plaine immense s’interpose entre les Basses et les Hautes Tatras. Rapidement, la route s’envole vers le ciel et au rythme de la chute de température, le tableau dessine un panorama blanc. C’est si beau.

Basses Tatras en Slovaquie

La première ville que l’on traverse, Štrbské Pleso, est agrippée en haut de la montagne et sera notre arrêt définitif. Je vous mets d’ailleurs au défi de prononcer le nom de cette ville. On y est jamais arrivés avec Estelle, du coup on l’a renommé « truc Pleso » (désolé les slovaques…).
À peine le pied posé sur le sol glissant, on va se laisser abandonner dans cet environnement de bien-être et de pureté. C’est décidé, on part immédiatement en rando. On traverse la petite station de ski vide de touristes puis on enfreint la porte d’une forêt pour se laisser guider à travers les pins et le mince sentier.

Strbske Pleso

Hautes Tatras

Strbske Pleso

Strbske Pleso

Dans chacun de nos voyages, à aucun moment on ne prévoit ce que l’on va faire et où on va dormir. On aime ce goût de l’imprévu, ne pas connaître d’avance la suite de l’histoire. Le problème, c’est qu’à une période de l’année aussi froide que celle-ci, on ne peut pas se permettre de poser notre tente à l’arrache. La raison est que l’on est pas encore assez équipés pour affronter ce froid mordant qui enveloppe la montagne. Alors on part en quête d’un établissement à moindre coût. On va d’ailleurs rapidement le trouver à Štrbské Ples puisqu’une jolie pension, perchée au bord d’un précipice, propose une chambre modeste pour seulement 15 € la nuit. La vue sur les Hautes et les Basses Tatras depuis la chambre est saisissante ! Quel plaisir de se réveiller le matin avec une claque aussi puissante que celle-ci.

Quelques infos sur l’hébergement :
Ville Emma
Móryho 4015,
059 85 Vysoké Tatry-Štrbské Pleso,
Slovaquie
Comptez 32 euros la nuit (hors saison) et 6 euros le petit-déjeuner.

road trip slovaquie

Événement inattendu : on a la possibilité de skier à Štrbské Pleso. Moi qui n’avais pas pratiqué depuis au moins 10 ans, je n’étais pas du tout à l’aise à l’idée de dévaler des pentes aussi vertigineuses (qui se révèlent ridicules aux yeux d’Estelle). Aussi surprenant que cela puisse paraître, une force va jaillir du fond de mon esprit et va me pousser à m’embarquer dans cette frénésie.
Debout sur mes skis, je suis tétanisé. L’inclinaison du sol, même infime, me paralyse et fait perdre tous mes moyens. Mon corps tremble, mon dos se braque et mes jambes flageolent. Je dois être totalement ridicule sur mes skis. Heureusement, Estelle trouve les bons mots et je capte les bons réflexes pour retrouver mes compétences d’antan. À ma grande surprise, je vais abandonner ma peur et me laisser prendre par la dose de bonheur que cela me procure. Je commence à prendre confiance en moi et n’hésite plus à me lancer sur les pistes bleues et rouges. En fin d’après-midi, je prends réellement plaisir et à peine la journée achevée, je ressens la folle envie d’y retourner. D’ailleurs, le surlendemain on s’élancera vers une nouvelle station de ski, plus grande, plus haute, plus impressionnante. On passera une nouvelle journée à précipiter nos corps sur les pistes, transformés en boulet de canon pour l’occasion.

Exploration des Hautes Tatras

Il est temps d’endosser nos sacs de randonnée et nos appareils photos pour explorer une partie de la région. On choisit au hasard un sentier dans la montagne que nous pourrions sillonner toute la journée. Au fur et à mesure de la lente et douloureuse montée, sous un soleil de plomb qui nous matraque, le paysage se transforme en une terre presque apocalyptique. La forêt a été ravagée par je ne sais quelle force dévastatrice qui n’a pas épargné beaucoup d’arbres. Un sentiment d’émerveillement et de tristesse se mélangent.

La randonnée, c’est l’activité idéale pour penser, discuter et évacuer. Lorsque l’on se jette sur les sentiers, c’est un véritable travail intérieur que nous menons. En quelques sortes, je considère cela comme des retrouvailles avec un ami que vous n’avez pas vu depuis des lustres. À la différence que cet ami ici, c’est vous.
Avec Estelle on le voit aussi comme un échange où aucune barrière ne se dresse. Seuls la parole et l’esprit comptent. Assurément, ça nous unit.

Finalement, au bout de 2-3h de marche, on se rend compte que l’on n’est pas encore arrivés au point de départ de la « vraie » randonnée. On ne se décourage pas pour autant et on emprunte le sentier officiel pour s’enfoncer au cœur de la montagne, le long de ses parois enneigées. L’ambiance se transfigure et s’imprègne à nouveau des terres apocalyptiques qu’une lumière céleste tente d’éclairer.

forêt en slovaquie

road trip slovaquie

Un détail me dérange dans ce voyage. C’est le nombre de détritus qui s’amassent chaque parcelle de terrain. C’est désolant de voir à quel point certaines personnes manquent de civisme et de respect envers l’environnement. Avec Estelle on s’efforce de ramasser toute cette pollution mais nos mains et nos poches sont trop petites pour contenir les déchets. À notre échelle on agit, mais il y a un immense effort de sensibilisation à mener auprès de chaque citoyen. C’est vraiment important.

Exténués, on rentre à l’hôtel avant d’aller dîner. J’ai envie de goûter un plat typique d’ici, et à ma grande et heureuse surprise, la spécialité de la Slovaquie ce sont les gnocchis (J’en suis fan, oui oui…). Ni une, ni deux, on choisit un restaurant au hasard qui va s’avérer être absolument délicieux. Pour à peine 10 euros, on s’en sort avec entrée, plat et vin.

L’adresse ?
Furkotka
Štrbské Pleso 54,
059 85 Vysoké Tatry,
Slovaquie

Le point final

Les Hautes Tatras sont comme des monstres figés, prisonniers du froid, grondant intérieurement lorsqu’ils se retrouvent encerclés par la brume et les vents violents de l’hiver.
La randonnée que nous démarrons le jour suivant va se révéler dangereuse. La neige a recouvert l’ensemble des sentiers et les géants au corps de glace menacent de nous engouffrer dans leurs ténèbres.
Un randonneur passe par là, semblant lui aussi perdu. Le vieil homme n’a pas pu aller plus loin. La faute au chemin devenu invisible et des pattes de loups marquées dans la neige.
Estelle ne réfléchit pas et retourne immédiatement sur ses pas. À ce moment là, je suis terriblement frustré. Je me voyais grimper ces colosses, atteindre leur sommet, me récompensant des efforts endurés mais essentiels à ma vie. Je suis vite ramené à la raison par Estelle. On ne va pas risquer notre vie à ce point pour un caprice de voyageur.
Le chemin du retour effectué, on passera le reste de la journée autour du lac de Popradské Pleso. Le lieu est magnifique et on va se laisser emporter par la poésie de la nature environnante.

Hautes Tatras en Slovaquie

Hautes Tatras en Slovaquie

Hautes Tatras en Slovaquie

Finalement, la Slovaquie c’est un pays méconnu qui mérite d’être apprécié. Les habitants qui peuplent ces terres d’Europe de l’est sont discrets et semblent apprécier cette vie loin de la masse. Les paysages variés et parfois impressionnants sont de véritables atouts. La prochaine fois on prendra le temps de mieux connaître les habitants et les villes qui parsèment la Slovaquie. Il est vrai qu’on était venus avant tout pour se plonger dans l’énergie spirituelle de la nature.

road trip en Slovaquie

2 Comments

  • Laureline HDSB

    Vos photos sont absolument magnifiques ! J’habite dans le sud de la Pologne donc je suis a cote de la Slovaquie cependant je favorise les Tatras polonaises beaucoup mieux desservis depuis Cracovie. Mais cet ete, je me rattrape un peu car je me rends a Poprad pour la celebre randonnee Sucha Bela; cela a l’air absolument magnifique (je vous invite a regarder google image si vous ne connaissez pas deja :) ).

    Laureline
    http://www.h-d-s-b.com

    • hugolebeller

      Merci beaucoup Laureline !
      Effectivement, cette randonnée semble superbe ! J’aurais aimé traverser les Basses Tatras, mais sur le temps que nous avions c’était difficile de tout faire ! :-)

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